Литература

Publié le par www.lassaut.fr

En ce moment, je lis Eugène Onéquine (Pouchkine). Ce livre me plaît comme m’ont plu ce que j’ai pu lire jusqu’ici d’auteurs russes (Mikhaïl Boulgakov, Nicolaï Gogol, Dostoïevski, Tchekhov). En tout, j’ai du en lire une douzaine (de livres), ça fait peu, n’est-ce pas, pour un si grand pays ? Et tous ont été écrits à une époque révolue, ils n’ont pas connus les nuits folles de Moscou avec ces milliardaires claquant des roubles aussi vite qu’ils avalent les verres de vodka, avec leurs penthouses luxueux en haut des gratte-ciels, leurs nanas-mannequins leurs poches pleines de gélules et sachets à s’enfiler dans les moments longs et  mornes …

 

Ce qu’il me semble que j’apprécie particulièrement dans cette littérature qui n’a pas connu la deuxième guerre mondiale, parfois même pas la première, c’est la description de ce monde qui a l’air si raffiné : où tout le monde lit et connaît tant et si bien la littérature et la poésie que chacun peut devenir, à l’occasion d’une discussion entre amis, critique littéraire, où l’on va se promener dans les parcs tiré à quatre épingles, où l’on écrit en vers et où l’on laisse son cœur s’emporter par ses folles passions jusqu’à rire, pleurer, crier, se ruiner. Où l’on se promène sur les boulevards comme ses compatriotes, toujours tirés à quatre épingles, qu’il neige, qu’il vente, qu’il pleuve ou que le soleil soit radieux. Où l’on passe quelques semaines dans l’année, hiver ou été, sur les plages méditerranéennes, à Paris ou dans les Alpes mais toujours dans des hôtels ou appartements d’un luxe inouï. Donc, d’un côté ce raffinement et, de l’autre, cette rudesse russe et l’esprit violent, dur-à-cuire, belliqueux, impulsif, impétueux, à la limite de la folie (il est à noter que, par ou malgré leur caractère impossible, ces personnages sont souvent extrêmement touchants ! Leur fragilité nous émeut et nous rapproche d’eux). Pour nous, français, c’est assez curieux car, même s’il y a eu quelques auteurs qui ont donné à leurs personnages ce genre de caractère (Balzac, par exemple), ce n’est pas la règle. Mettez les personnages romantiques, passionnés et même un peu fous de Stendhal et mettez-les à côté d’un Alexeï Ivanovitch  (Le joueur – Dostoïevski). Enfin, c’est peut-être moi mais je trouve que la fougue de ce dernier semble bien plus violente, bien plus « naturelle »  que celles de nos héros français. C’est comme si l’on vivait la folie des personnages russes et qu’on lisait simplement celle des français. Ou alors c’est que je me sens plus proche des cœurs passionnés russes que des esprits ardents français. Ca y est, je crois que je suis en train de toucher du doigt le cœur du sujet (sans mauvais jeu de mot), il semblerait que, chez les russes, cela vienne du cœur alors que, chez les français, tout se joue dans la tête ! Evidemment, je sais que tout se passe dans la tête (je ne suis pas une experte en terme d’anatomie humaine et tout ça) mais ne faites pas les idiots, je sais que vous comprenez !

 

Bref, la littérature russe me fascine, me fait rêver, m’enflamme. Mais cette folie parfois me fait un peu peur, me laisse un étrange goût dans la bouche. C’est étrange de lire les histoires de personnages qui, on le sent, pour un oui ou pour un non, serait capable de mettre le feu à leur ville(ou de s’auto-immoler), à massacrer leurs concitoyens, à se jeter sous un train … Et ils ont aussi une étrange notion d’honneur : ils semblent fiers comme des coqs, se battent parfois contre leur destin (c’est moi ou la vie qui est le plus fort ? On va bien voir ! (même si on sait qui finit toujours par gagner !)) mais, de l’autre côté, seraient capables de vendre leur mère s’ils ont besoin d’argent, se jeter aux pieds de l’être aimé ou de quelqu’un d’autre d’ailleurs, de se saouler jusqu’à l’abêtissement total … Bref, très « exotique » pour un peuple qui a fait de la Raison sa reine, Descartes son dieu et les Sciences ses défenseurs ! et dont les élans du cœur sont durement réprimés, voire moqués jusqu’à la démesure ! (j’ai appris qu’on jugeait en général les femmes comme des hystériques puisqu’au contraire des hommes, elles pouvaient éclater de rire ou en sanglots en public …)

 

Pour conclure, fascinante littérature pour un fascinant peuple et un pays gigantesque ! Nous sommes fascinés par les personnages russes qui passent de la gloire grandiose et fulgurante à la déchéance la plus totale qui en veulent à leur destin mais qui, de l’autre côté, s’y résignent presque facilement. D’ailleurs, il ne s’agit pas que des personnages, intéressez-vous à la vie des auteurs eux-mêmes, vous verrez que les auteurs ne sont pas en mal de vie « romanesque » (par exemple, Dostoïevski a connu de grands hauts et de grands bas ! La perte de ses parents, le bagne, les amours tumultueuses, le jeu, le succès, la déchéance … « Le joueur » est écrit en quelques jours car il doit rapidement subvenir à des besoins impérieux d’argent ! Son autobiographie aurait suffi !).

 

 

 

Nota bene:

« Quel joli coin que ce village

Où s’ennuyait notre héros !

Un amateur de plaisirs simples

Y bénirait Dieu chaque jour.

A l’écart, près de la rivière,

Le manoir était abrité

De tous côtés contre les vents.

Devant lui s’étendaient sans fin

Des prés fleuris, des champs dorés ;

On apercevait ça et là

Des troupeaux errants, des hameaux.

Un grand parc un peu négligé

Donnait, sous son ombre touffue,

Asile aux rêveuses dryades. »

 

Le héros en question est Eugène Onéguine (Pouchkine – Ch. 2) et je ne sais pas si je bénirais Dieu chaque jour mais je pense être un de ses « amateur(s) de plaisirs simples » (quoique simples, simples, c’est vite dit …. Un manoir, des terres fertiles et verdoyantes, un grand parc … On a vu plus simples !!!!) qui aimerait séjourner (à vie) dans ce genre d’endroit paradisiaque !

 

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