Balkans
La Yougoslavie fait partie de notre histoire, on en entend parler (qu’en mal) depuis l’enfance. Mais pour moi, la Yougoslavie, c’est aussi :
- Les souvenirs de mes parents ayant traversé ma Yougoslavie sous Tito pour aller se rendre en Grèce. L’isolement, le silence des paysages les ont surpris tout comme les mœurs d’un autre âge. Et cette auberge très « rustique » comme disent les français où l’on mangeait de la viande bouillie …
- la famille de serbes qui est venue se réfugier dans le petit village ardéchois où j’ai habité quelques années. Le petit garçon était dans notre école. Mes parents m’ont expliqué pourquoi il avait quitté son pays pour venir habiter ici.
- Les jeunes yougoslaves que j’ai connu à un festival francophone de théâtre à Brno, République Tchèque. Comme moi, ils avaient dans les 16 ans, leur pays était tout juste sorti de la guerre et pourtant comme je les ai trouvé géniaux ! J’ai sympathisé avec eux et ils m’ont même invité dans leur pays mais mes parents m’ont évidemment dit de remettre ça à plus tard, ça ne s’est malheureusement jamais fait … (je précise que mes collègues français qui étaient avec moi n’ont pas daigné s’intéresser une seule seconde à eux comme aux autres d’ailleurs. C’était un festival francophone où nous étions les seuls français, pourtant j’ai eu très honte d’être française ces jours-là !!! A cause de mes collègues, bien sûr ! Ils étaient empreints de cette espèce de sentiment de supériorité des français envers les autres peuples, cet espèce de mépris, de désintérêt total de tout ce qui n’est pas français (ou anglais ou américain). J'ai eu honte honte honte !)
- Mes lectures de la fin lycée-début de fac. J’ai été notamment obsédée par la Yougoslavie, à ce moment-là. Est-ce dû à ces serbes que j’avais connu ou aux atrocités qu’on a pu voir à la télé confortablement assis dans nos canapés ?
- Ces derniers temps, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Emir Kusturica. Et, grâce à Youtube, les vidéos des musiques des films de Kusturica amènent peu à peu à Goran Bregovic (et toute la musique actuelle des Balkans).
Perso, j’ai toujours adoré ce genre de musique : quand j’avais 15/16 ans, ma cousine (qui a 14 ans de plus que moi) écoutait en boucle les musiques des Balkans, inclus tsigane et Manu Chao. Moi, j’ai fait comme elle, j’ai d’abord écouté Manu Chao en boucle en boucle en boucle pendant des années et des années. J’ai usé plusieurs fois plusieurs disques ! Loooooooooooool. Et puis j’ai découvert Gadjo Dilo (puis les films de Tony Gatlif et ceux de Kusturica). Avec Gadjo Dilo, j’ai eu 16 ans (et une grande envie de liberté comme dans le film !!!) je suis tombée folle de Romain Duris (c’était quelques années avant l’auberge espagnole …) et de la musique tzigane, et je suis tombée en admiration devant Rona Hartner. Et je le dis en pesant bien mes mots : ce film a bouleversé ma vie et l’inspire depuis ! Et pourtant, j’ai loin d’avoir une vie semblable aux vies de ce film ! J’ai une existence assez plan-plan, je n’ai pas l’occasion de vagabonder physiquement mais c’est dans ma tête que je vagabonde. D’ailleurs, ma cousine qui a aujourd’hui 4 enfants continue elle aussi d’être inspirée et pourtant elle aussi ne vagabonde pas énormément : elle bouge rarement de sa Bretagne depuis bien 20 ans !
En tous cas, oui, je pense que l’on peut vivre inspiré de musique, de livres, de films, ………… qui semblent totalement contraires ou du moins très différents à notre manière de vivre mais qu’importe ? Par exemple, la musique bretonne cartonne (cf Nolwenn Leroy), bon, eh bien, si ce n’était que les bretons qui pouvaient écouter ces disques, elle ne serait pas première des classements et n’en vendrait pas des centaines de milliers ! (Bon, moi, personnellement, je ne suis ni fan de NL ni fan de musique bretonne mais pourquoi pas ?).
Goran Bregovic, je le connais encore qu’assez peu mais pour vous donner une idée, voici ce qu’il a dit, entre autres, sur son dernier album « Alkohol – Sljivovica & champagne » sorti en 2009 : « A l’époque où Monteverdi écrivait son Orféo, nous étions toujours en train de labourer les champs avec nos charrues, élevant nos troupeaux et allant à la pêche. Et traditionnellement, la musique était seulement jouée comme accompagnement à la boisson. Mon album ALKOHOL est une tentative modeste de combler ce manque en faisant une musique qui puisse être appréciée, dansée avec ou sans alcool ! Alkohol Slivovic ,a été enregistré live à Guça durant l’été 2007.
Guça est une petite ville de Serbie d’environ 20.000 habitants où se tient une compétition annuelle de fanfares au mois d’août qui draine dans la ville plus de 150.000 personnes qui, à l’ombre de tentes sous une chaleur étouffante, boivent, mangent de la viande grillée et des choucroutes à la façon serbe. Je viens d’une culture où ne sont pas arrivés l’opéra et la musique symphonique.
J’ai toujours eu un problème pour enregistrer mes fanfares en studio car, contrairement aux musiciens professionnels, ils sont fatigués s’ils doivent répéter trois fois la même phrase et perdent tout désir de jouer. C’est pourquoi mes enregistrements sont généralement faits façon « cuisine gitane ». Mon nouveau CD est intitulé ALKOHOL et se divise en deux chapitres : le premier SLJIVOVICA, d’après le nom de notre boisson nationale, un brandy à base de prune, et les gens boivent et écoutent de la musique, et boivent encore pendant trois jours… ce qui explique le titre de mon album. Les chansons enregistrées à Guça n’ont encore jamais été publiées et sont destinées à être écoutées, dansées et accompagnées par des boissons fortes …
A savourer avec un alcool délicat…dans des lumières tamisées avec l’espoir que quiconque écoutera cet album aura autant de plaisir que j’en ai eu à l’enregistrer…...".
J’ai écouté pas mal de ses chansons et je vous conseille VIVEMENT « Yeremia » sur Youtube.
Je compte bien me replonger dans le monde des Balkans (je suis déjà allée en Slovénie et en Croatie mais cela ne me suffit plus ! Lorsque j’ai été en Croatie, je n’ai pas eu le temps d’aller en Bosnie (pourtant frontalière) et j’ai été fatiguée de cette Croatie estivale où règnent les italiens en maître. J’ai apprécié Dubrovnik, Zagreb, Split … mais j’ai étouffé sous la foule qui m’a en partie gâché mon plaisir ! J’ai voulu tout laisser derrière et partir plus à l’Est mais ………). Mais aujourd’hui, même si on n’est pas sorti de notre peur souterraine de la guerre, de la souffrance, de la cruauté, de la violence de ces horreurs si proches encore, on sait que c’est fini, on sait qu’il ne s’agit même plus d’oser puisqu’il n’y a plus de dangers … Alors qu’attends-nous ? Qu’attends-je ? Comme quoi, les média sont puissants : ils ont tellement donné le pire à l’époque et oublient aujourd’hui de montrer que c’est fini, bien fini que nous, français idiots et étroits d’esprit, nous restons paralysés de peur (aujourd’hui, tout le monde va passer des vacances à la mer en Croatie mais je me souviens, il y a peut-être 5 ans, ceux qui allaient buller sur les côtes méditerranéennes croates étaient quasiment vu comme des héros d’une bravoure impensable !). Il faut dire que j’ai connu quelqu’un qui, il y a 7/8 ans était allé plusieurs mois au Kosovo en tant que militaire. Il m’avait dit qu’il s’était fait royalement ch*** car rien ne se passait si bien qu’il a passé tous ces mois à faire des tours de stade en courant tant l’ennui lui pesait mais c’est resté « le pays de la guerre ».
Donc aujourd’hui, et vous le verrez probablement sur ce blog, je vais m’intéresser à nouveau à ce coin oublié du monde, à ses langues, son quotidien, et à ses artistes, oubliés eux aussi.